Hip hip hooray (& sueurs froides…) !

Voici une semaine que j’ai entamé mon troisième mois de régime. Et mon poids est, à ce jour, de 57,7 kilos. Je vous épargne des polaroids qui – décidément – ne montrent rien et sont donc trompeurs. Mais je vous assure que les choses suivent leur cours… Je recommence – doucement – à m’envisager comme une « femme ». Et plus comme un hybride issu du croisement d’une poire, d’une adolescente, d’un babybel et de Shrek. Peu aisé à imaginer, je vous le concède. Retenez juste que c’est tout en ventre, tout en cuisses, tout en joues – et qu’on n’a pas la moindre impression qu’en dessous se trouve un quelconque os. J’éprouve un plaisir infini et gentiment narcissique à voir mes jambes s’allonger, mes pommettes émerger, mes mains s’affiner… J’ai la sensation que, sous ma peau, mon corps – mon véritable corps – affleure, se profile.

Salut salope

Avec tout cela, je m’observe… Je me regarde enfin. Je prends conscience que ce qui fait « l’allure », c’est le corps. Sa mobilité. Sa légèreté. Sa liberté. Il ne faut pas grand-chose à une fille mince pour être jolie et désirable. Ni le jean le plus cher. Ni le lipstick du « juste » rouge. Même un chiffon de Monop’ tombe impeccablement. Qu’est-ce qu’on peut se faire chier tout de même, quand on est ronde ! A penser que ce qui ne « va pas », c’est la matière de notre trench-coat, le numéro de notre blush ou la lumière trop crue du jour… Qu’importe si mes propos choquent ; je ne suis pas ici pour faire de la rétention verbale. En surpoids, même en smoking Saint-Laurent porté à même la peau, on « se traîne » plus qu’autre chose. Au lever du lit, vos rotules ont besoin de dégrippant comme vous vous avez besoin de café. On est super-courageuse de promener nos kilos, tandis qu’à l’arrêt de tram, les lianes sur stilettos, grignotant leurs chouquettes, méprisent la dodue affamée que vous êtes. Une dodue qu’elles pensent « faible »… laisse-moi rire !

Ce bilan effectué, on pourrait penser que je navigue sur un long fleuve tranquille. Ce serait se tromper. Je viens d’essuyer ma première vraie tempête. Dans la nuit du 2 au 3 août, à 2 heures du matin, me voilà – comme au bon vieux temps ! – batteur Moulinex en mains en position « turbo », en train de faire monter une jatte de crème fleurette tout en pensant : « Qu’est-ce que t’es en train de foutre, bon dieu !? ». Crème fouettée que j’accompagne d’un dôme d’une cramoisie confiture de gariguettes maison – l’été et le soleil en pot ! L’association des deux, c’est le petit Jésus en culotte de velours. Après quoi je me suis enfilé une assiette de pappardelles Garofalo enrobées d’une sauce bolognaise de mon cru, surmontées d’une épaisse couverture de « red leicester ». Râpé à la force du poignet. Comme à Napoli. Le tout dans mon lit, telle Alexandre le Bienheureux…

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Alors, évidemment, il a fallu gérer le « jour d’après ». Se confronter à la réalité : je l’ai « fait » et ne je peux rien défaire. J’ai provoqué ce que je craignais le plus. J’ai dû tenter de « comprendre » cette sortie de route. Un objectif de poids non atteint (59 kilos, soit seulement 2,3 kilos de perdus durant ce second mois – alors que je m’étais fixée pour but d’atteindre les 58,3 kilos). Malgré 38 heures à arpenter le bitume, parfois sous 40 degrés, et sans un écart au compteur. Sentiment d’injustice et d’incompréhension. Avais-je eu la naïveté de penser que les résultats allaient être aussi fabuleux que ceux du premier mois ? Probablement. A quoi il faut ajouter quatre jours sous tension et « en résistance » – du 30 juillet à cette funeste nuit. Quatre jours durant lesquels planent l’ombre du catalan manchego et le chant de la baguette fraîche. Plus forts que le Lexomil et une razzia chez Sephora – puisque ces derniers n’ont pu me détourner des premiers. Les restes des agapes du 29 juillet, sages et tellement désirables, sont là – à deux mètres de moi – dans le frigo. Sans compter des clichés qui – incompréhensiblement et malgré ce que dit le pèse-personne… – n’évoluent pas. Je songe à vous, lecteurs, à qui je ne peux, de ce fait, rien montrer de tangible ; suis-je crédible, lorsque je déclare que je fonds doucement ? La « pause » du 29 juillet est – quant à elle – à nouveau épique et désagréablement éprouvante : nausées et suées assez fortes pour m’obliger à rester quelque temps au lit, salle de bains inondée, machine à laver qui refuse de s’ouvrir, flot de contrariétés. Ce n’est pas faute d’avoir tout donné en cuisine – notamment pour confectionner un gâteau à trois étages constitué d’un praliné feuillantine à la cacahuète, d’un crémeux citron et d’une ganache montée au chocolat blanc, le tout reposant sur une pâte sablée vanillée. La couche de praliné est trop épaisse, je m’entaille l’auriculaire en brisant les plaques de caramel (pour confectionner un praliné, on commence par faire un « caramel cassant », dans lequel on va enrober les fruits secs choisis avant de mixer l’ensemble – et le caramel, ça coupe comme du verre), le crémeux a du mal à figer… Il fait une température tropicale en cuisine, l’heure tourne et il faut gérer une amie qui, au téléphone, tente de se remonter le moral en racontant ses vacances de merde. C’est à croire que j’ai la schkoumoune !!!

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Ce à quoi il faut ajouter que ma confiance est émoussée, devant ce poids qui diminue plus timidement, alors qu’il reste un long chemin à parcourir. De l’inquiétude - liée à une intervention chirurgicale programmée pour le 29 août prochain et dont les enjeux sont grands – se greffent sur tout cela. De ce fait, ma « pause » de fin de troisième mois se trouve repoussée à septembre. Septembre… : le bout du monde ! Les calendes grecques ! Le tableau ne serait pas complet si j’oubliais de préciser que, depuis que je commence à « me » ressembler, je réalise combien j’ai envie de vivre – aussi l’hypothèse d’un accident opératoire me fiche-t-il une peur bleue. Moi qui suis toujours partie au bloc sereine ! C’est terrible, mais cela en dit long sur le peu de valeur que je donnais, hier, à ma vie… Voilà pour les « comment se fait-ce ? ».

Surtout, en cette nuit du 3 août, il m’a fallu décider si je poursuivais cette « aventure » – malgré ce franc coup de canif dans le contrat. Ou si le laissais le découragement prendre le dessus, laissais tout tomber et me retirais pour les 50 prochaines années au fin fond du maquis corse… Devais-je laisser partir mes rêves - après avoir été si près de leur réalisation ? Avais-je eu tort de croire en moi durant plus de deux mois ? Avais-je eu tort de croire qu’enfin – après 14 ans de gavage – ce n’était plus la « quantité » qui faisait mon plaisir ? Étais-je toujours atteinte de ce mal que j’avais cru avoir mis KO ? Cette aventure n’était-elle – finalement – qu’une merveilleuse illusion ? Voilà les interrogations qui ont occupé mon esprit durant quelques heures, dans le calme retrouvé de ma chambre, cette nuit-là.

J’ai dû aller tout au fond de moi, pour rechercher les raisons profondes qui m’avaient fait commencer ce régime, il y a deux mois. Des raisons que j’avais un petit peu perdues de vue… Mon besoin de me « remplir » avait alors été détrôné – presque balayé – par une grande colère et un immense ras-le-bol. Je constatais qu’il n’y avait plus, dans mon quartier, une seule personne obèse : miracle de la chirurgie bariatrique ! Les ventrus d’hier rentraient désormais dans un 36, tout en faisant « du canapé » à l’heure où moi, j’en chiais sur les routes. Fallait-il – pour que je puisse moi aussi mincir – que je m’envoie cinquante menus Big Mac au petit déj’ et que je double mon IMC, afin d’être éligible à une chirurgie qui faisait des prodiges dont j’étais incapable ?! Je voyais les années défiler. Les premières rides. Les premiers cheveux blancs. Je prenais conscience que non, je n’échapperai pas davantage que les autres à ce putain de temps. Et c’est cette détermination à ne plus subir, à aller de l’avant « moi aussi » et à ne plus tolérer de me sentir mal et moche une seconde de plus qui avait fait naître en moi une force et une rage qui m’avaient permis d’avancer, après 14 ans de tentatives infructueuses… J’avais su faire de mes émotions négatives (jalousie, sentiment d’injustice, compétition, etc.) du « positif ». C’est ainsi que j’étais passée de « l’envie » de maigrir – celle que l’on rencontre tous au moins une fois dans sa vie – à la « volonté » de maigrir. Deux choses fondamentalement différentes. L’une relève du fantasme, du désir, de la passivité. Quand l’autre relève de l’action. Cette « volonté » que j’avais mis tant de temps à éprouver, il ne fallait pas que je la perde de vue et lui lâche la main. Alors, il me fallait « me souvenir »

réfléchor

C’est ainsi que je me suis surprise à m’extraire du trou dans lequel j’avais chu. A accepter que ce régime n’ait pas la forme d’une ligne droite – mais que des zigzags, des lignes brisées, des verrues étaient possibles, pourvu qu’ils ne soient pas trop nombreux. Il m’a fallu faire avec – ou malgré – l’imperfection engendrée. Une imperfection qui m’avait, jusqu’à présent, toujours été fatale – puisque je ne savais me relever d’une chute qu’après avoir vidé l’équivalent de trois réfrigérateurs et pris au minimum 6 livres. Durant cette nuit, c’est, paradoxalement, en étant confrontée à la nourriture que j’ai eu confirmation que – oui – « quelque-chose » avait bel et bien changé en moi. Malgré ce petit « égarement ». Lequel ne devait donc pas prendre un sens qu’il n’avait pas, bien qu’il ait l’allure d’une « rechute ».

Durant la chaude journée du 3 août, je décidais de me faire plaisir à coup de figues tièdes, de filets de miel, de délicate eau de fleurs d’oranger et de tarte sablée aux abricots rôtis. Autant de parfums, de textures et de saveurs qui disaient mon besoin de douceur… Le tout en essayant de ne pas entendre la culpabilité qui grattait derrière ma porte. En tentant d’ignorer une liste de « faits reprochés » qui prenait de l’ampleur. Je pouvais, le lendemain, tourner la page – en me faisant violence et en me résonnant. Oui. Mais pas ce 3 août… J’avais besoin de céder à mes dernières envies sucrées. Besoin de me « laisser porter ». Besoin d’un « vrai » sas de décompression avant de tourner la page, de ravaler mes peurs et de chausser à nouveau mes baskets. Serais-je en train d’apprendre la douceur et la bienveillance envers moi-même ? 

Ladurée

C’est ainsi que, dès le 4 août, je me remettais en selle. Je rendossais mon armure de guerrière. Mais sans regarder trop loin devant. Fragile. Précaire. Troublée. Incertaine. Espérant - si fort ! – repartir de moins de 60 kilos. Ce « cap symbolique » que j’avais atteint, dès le 12 juillet – mettant des jours à intégrer l’information et redécouvrant qu’un vêtement ne vous mutile pas nécessairement. Qu’il peut même se faire agréable et enveloppant, dès lors qu’il est à la juste taille. Mon « moteur » était la pensée suivante : ayant engrangé environ 7.000 calories ce 3 août, je ne pouvais pas avoir pris davantage qu’un kilo. Je me suis donc concentrée sur les six kilos perdus « pour toujours ». Plutôt que sur celui pris. Notre « arme absolue », c’est notre esprit. Notre psyché. Il ne faut cesser de l’entretenir. De la muscler. Car elle peut beaucoup.

Parfois, il faut jouer sa vie comme au poker. Se faire confiance - malgré nos pieds d’argile et les feux au rouge. Et c’est alors que, parfois, on gagne. Même lorsqu’on est une éternelle perdante. C’est peut-être ainsi qu’on commencé les tycoons – eux qui n’étaient, au départ, pour ainsi dire « rien ». Peut-être se sont-ils dits : « Pour une fois, je vais croire en moi ». Et c’est cette « fois » qui a marché.

Cinq jours plus tard – le 8 août – j’avais déjà payé la facture : je retrouvais mon poids du 29 juillet (soit 59 kilos). Je n’avais plus de dettes. Je pouvais repartir sur les routes le coeur – presque – aussi léger que le mois dernier… Mais tellement plus forte ! Gratitude

sérénité bonheur respirer eva green

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