Pertes & profits

Mon poids est à présent de 60,7 kilos (28,3 % de masse grasse). Soit 600 grammes de moins que le matin du 29 juin – en ayant ripaillé ! – et 5,3 kilos de perdus depuis le début de mon régime. L’an passé – et presque jour pour jour – je pesais 69,1 kilos (32,3 % de masse grasse). Plus de 8 kilos d’écart ! Je suis heureuse et émue. Dans la libération émotionnelle. J’ai la sensation de m’être « rapprochée de moi » ces dernières semaines. J’étais partie si « loin ». Les Bermudes, au moins. Sans goélette, sans caravelle ou aéronef. Ni avis de recherche. Qui serait venu chercher quelqu’un qui fuyait tout – même elle-même ?

Serait-il possible qu’après 14 ans de batailles perdues, je gagne la guerre… ?

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Je suis, aussi – paradoxalement - fébrile et pleine de pensées compliquées. Car maigrir – au-delà de la stricte question du poids – n’est pas une « simple chose ». Il s’agit aussi de pertes. De ruptures. De deuils. Plus que jamais, je réalise combien « manger » est un acte biologique tout autant qu’intellectuel et émotionnel. Chose dont n’ont pas tenu compte les psychologues, psychiatres et nutritionnistes que j’ai rencontrés durant ma longue traversée du désert. Cela explique sans doute pourquoi aucun d’entre eux n’a pu m’aider. Je me revois expliquer à mon psy que mon problème n’était pas la nourriture, mais mes émotions. Que la bouffe n’était qu’un outil. Qui aurait pu être de l’alcool ou une autre substance… pourvu qu’on ait l’ivresse ! Alors, savoir s’il fallait mieux que je petit-déjeune de gruyère ou de yaourt me faisait une belle jambe. Je me souviens combien je repartais de leurs cabinets déçue et découragée.

« Maigrir », c’est perdre un statut. Celui de victime. Et, quand on a été boulimique et qu’on en porte encore les stigmates et les réflexes, celui de malade.

C’est aussi se séparer d’un compagnon. Ce petit « matelas » abhorré, qui était aussi un petit morceau de moi

Cette carapace mettait – je m’en rends compte aujourd’hui – de la distance entre « l’autre » et moi. Me protégeant de tant de choses… Du monde extérieur – les gens n’étant pas toujours bien intentionnés et souvent décevants – jusqu’au désir masculin. Du très anodin pour tout un chacun, mais – apparemment – du très angoissant pour moi, même si c’est inconscient. Toutes ces choses rejoignent l’idée de « perte de contrôle » : on ne contrôle pas l’autre. On ne contrôle pas les sentiments, les nôtres inclus. Se frotter au monde, se laisser traverser par « l’autre », devenir perméable, c’est opter pour une forme d’insécurité, c’est se risquer à de nouvelles blessures. Dans lesquelles on peut se noyer, lorsque l’on est, comme je le suis, une hyper-sensible. Pour toutes ces raisons, je crois de plus en plus qu’il y a un lien entre surpoids et « instinct de conservation ». Un passage du livre « La consolation », de Flavie Flament, m’a tout particulièrement parlé : « Je crains les tempêtes, préviens les bourrasques, me méfie des changements du ciel. Je me tiens à bonne distance. Je sais qu’on peut m’y pousser, d’un regard, d’un mot, d’un coup d’épaule. »

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Tout choix est un renoncement. Or, il m’aura fallu choisir, une bonne fois pour toutes, entre « désir (conscient) de mincir » et « volonté (inconsciente) de rester enrobée » – les deux n’étant pas incompatibles. Cette lutte incessante entre ces ambitions contraires me condamnait à un surplace épuisant : perdre trois kilos et en reprendre autant, les reperdre, etc. J’avais en effet observé, il y a quelques temps déjà, que, dès les 63 kilos atteints, je me lançais mécaniquement, incontrôlablement, dans un programme de « gavage intensif ». Cela m’avait permis de comprendre que maigrir – tout au fond de moi – m’angoissait. Qu’être mince représentait un danger.

Finie, l’activité « orgie » – comme on dirait « piscine » ou « poney ». Plus jamais. Et, Dieu sait si – malgré le corps plié en deux de douleur et le sentiment d’avoir lâché volant – j’ai aimé cela ! Je pourrais tout aussi bien utiliser le temps présent. J’aime cela. J’aime ce lâcher-prise qui m’est impossible en temps normal. Cette transgression qui me rend vivante. J’aime ce moment rien qu’à moi. Coupée du monde. Au chaud de mon appartement ou de mon lit. Durant lequel j’ai la sensation de réintégrer mon corps – moi qui marche toujours un peu à côté de mes pompes. Rien ne m’est plus agréable que cette libération d’endorphines, lorsque le sucre coule dans ma gorge.

Oui, mais… A présent, ce sont les « mauvais côtés » de la chose qui pèsent le plus lourd dans la balance : le ventre qui fait mal, le corps qui se déforme, les efforts vains, le porte-monnaie qui se vide, l’amour-propre qui trinque, la vie sociale qui se réduit comme une peau de chagrin, le monde qui tourne sans vous, les rêves qui s’étiolent. Savannah, Palerme, Séville, la campagne anglaise et les enfants qui s’éloignent. Et bientôt, me passeront sous le nez. Ce basculement explique sans doute « pourquoi » je parviens enfin à sortir la tête du paquet de chips de l’eau. Puis – au-delà de tout cela – j’ai conscience que j’arrête mes conneries ou j’y laisse la vie. C’est la bouffe ou moi. J’ai donc tranché.

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« Maigrir », c’est apprendre à se regarder de nouveau. Avec lucidité. Sans dénigrement. Ni enjolivement. C’est abandonner certaines croyances. Si je ne me regarde pas, j’ai la sensation qu’on ne me regarde pas. Si je ne regarde pas mon corps, je le fais disparaître. Si je n’accorde pas d’importance à mon aspect physique, j’induis l’idée que mon aspect physique n’a pas d’importance. Fonctionnement confortable et salvateur. Mais bidon. 

Je dois à présent laisser partir ce qui symbolisait le mieux ma souffrance et les maux que l’on m’a infligés : mes kilos. Moyen d’expression fabuleux, s’il en est. 

Ce poids, c’était aussi un lien avec le passé. Il m’a fallu prendre conscience que celui-ci n’était pas tout à fait digéré, surmonté. En un mot, « passé ». Aujourd’hui, il me faut couper le fil. C’est l’ombre d’un homme que j’ai aimé qui s’éloigne, peu à peu… Même si, dix ans plus tard, je l’aurais à peine regardé (conscience et finesse d’esprit portées disparues… et puis les petits garçons à talonnettes, très peu pour moi ! désolée, mon vieux). Cette douleur, c’était « Nous » encore. Et, bien plus encore, c’était l’empreinte de mille sublimes promesses – trahies, mais qu’importe. [Si "Monsieur" savait que je fais allusion à lui quelque-part, et ce, 14 ans après les faits, il en tomberait de sa chaire !]. Il faut tourner la page. Changer de paysage…

Je dois également rompre avec mille automatismes. Une raclette contre la frustration. De la crème fouettée contre la culpabilité. Le poids qui stagne et « Au secours, Prisu’ ! ». Une grande joie et il faut « fêter ça ». Une motte de beurre à la brioche (et non l’inverse) et je ruine ma contrariété. L’âme en peine et je dégaine le gaufrier. Un coup de pression et je sors le plat à gratin. Un arrêt chez Ladurée et je tiens le vaccin contre l’Adonis qui ne m’a pas regardée. Une (trop) belle plante sur le siège d’à-côté et j’atterris au rayon ice-cream. Le mariage d’une ex-copine et je me suicide aux « sour cream and onion chips ». Tout est prétexte à saisir ma fourchette. La douleur en est-elle – durablement – atténuée ? Mmm… pas sûr.

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Il me faut abandonner un recours précieux : la nourriture comme pansement. Comme anesthésiant. La nourriture comme canne. Comme « Superami », « Superpsy » ou « Superamoureux » – comme on dirait « Superman ». Un truc qui vous donne tout et ne vous demande rien. Ni d’être belle. Ni d’être bonne. Qui ne vous quitte pas. Ne vous trahit pas. Ne vous juge pas. Ne fait jamais la gueule.

Il me faudra désormais chercher « ailleurs » de quoi me combler, me nourrir affectivement, me rendre vivante, me consoler. Je vais devoir réguler mes émotions – positives et négatives – par mes propres moyens. Et non par l’entremise de l’entreprise Kinder. En « adulte », peut-être… ?

Faire le deuil de ce que j’étais, et ne suis plus. Tandis que je ne sais pas encore ce que je serai. Que je ne sais pas si j’aimerai cette « nouvelle » jeune femme – svelte et décomplexée – pour laquelle j’ai déjà des ambitions (…trop ?). Que se passe-t-il dans la tête d’une fille mince à qui l’on refuse un emploi ou à qui l’on dit « non » ? Elle ne peut plus arguer qu’il lui suffirait de perdre dix kilos pour que la situation se débloque et que sa vie change…

Alors oui, maigrir fait peur. Et il y a de quoi. Mais c’est à l’image de la vie : c’est un risque qu’il faut courir

A califourchon entre juin et juillet

Jeudi 29 juin 2017 :

Voilà le cap du premier mois franchi ! La traversée ne fut pas une partie de plaisir, et n’a ressemblé en rien à ce que j’avais imaginé. Ma « journée off » fut aussi catastrophique que possible. A l’image du ciel de la semaine passée : grisâtre, tourmenté, plombé. Le seuil écueil évité fut de « remettre » cela le lendemain et les jours suivants. Bon… ce n’est pas peu de chose !

Répulsion peur bleue

Pour le reste, je suis passée par tout que je souhaitais éviter : engueulades monstres sur le trajet du Franprix, mets fadasses, mal de mer (c’est plus réaliste que « crise de foie »), larmes pas-de-crocodile, sensibilité extrême et abattement. La veille au soir, j’avais pourtant ingéré un peu de très présidentielle « poudre de perlimpinpin » – j’ai nommé deux moitiés d’Urbanyl – afin de parvenir à dormir sereinement et de me réveiller en mode Belle au bois dormant, j’entends fraîche et dispose. Tintin ! A mon réveil, excitée comme un enfant au matin du 25 décembre, je trouve une maison qui fait la gueule. Du matou à la Reine-mère. Comme les emmerdes, ça vole toujours en escadrille, c’est mal barré.

Je me pèse : 61,3 kilos (et 28,7 % de masse grasse). L’objectif pour ce premier mois a conséquemment été atteint – et même dépassé, puisqu’il était de 63 kilos. J’ai donc perdu 4,7 kilos en 30 jours. C’est une surprise. Je suis dans l’émotion. Ma silhouette s’est notablement affinée. En particulier au niveau des cuisses et des fesses, réticentes à mincir d’ordinaire. Il faut dire que, durant ce premier mois, j’ai marché 38 heures et 40 minutes. Le ventre est encore trop rond, de même que le visage et les bras – qui ne travaillent pas autant que le bas de mon corps, marche oblige. Cependant, je préfère me concentrer sur ce que j’ai réussi. Le reste viendra en temps voulu. Je remarque qu’à 20 ans, à poids égal, j’étais beaucoup plus mince. Les mystères de la nature… 

Après ma douche, je demande aimablement à Queen mum de me prendre en photo – comme le mois passé – afin de pouvoir comparer les clichés. Elle s’y prête de mauvaise grâce et me pond trois horreurs en grognant, puis en se marrant : la « photo floue », c’est bien connu, c’est d’un drôle ! Pendant ce temps-là, moi, fébrile, j’attends de « savoir ». C’est là que je constate que les photos du mois dernier ont été prises en plongée ou en contre-plongée. Tandis qu’il semble que cette fois-ci, Madame mère ait créé de nouveaux angles de prise de vue, certainement inconnus des photographes les plus expérimentés. Ce qui rend impossible toute comparaison. Je vous les transmets malgré tout. 

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Un mois d’efforts sans avoir le plaisir de voir, concrètement, le fruit de mon travail. On ne va pas rembobiner le film. Amertume plus plus. J’adore ma mère. Mais à cet instant précis, j’ai des envies de la cuire à l’anglaise, je ne vous dis pas ! 

J’ouvre les festivités à 17 heures – au lieu de midi – sur le parking du supermarché et sous le crachin, avec une dizaine de chocolats (de haut vol, les chocolats : faut pas pousser quand-même !). Que l’on ne m’aurait pas gâchés si l’on avait pris la peine de me dire, une fois disparus, que les « deux du dessus » n’étaient pas pour moi. Coup que l’on m’avait déjà fait le mois passé, avec moult déplaisantes conséquences. Bonheur… Moutarde qui monte au nez. Pétage de câble. Coude démoli contre la portière. Pansement, humiliation & Bétadine. Oui, chez moi, on s’engueule « à l’italienne » !

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 Rentrée chez ma mère, je pense réparer l’offense avec un café et des viennoiseries, lorsque je constate que celles-ci ont été « oubliées » dans le fournil par un boulanger qui avait, ce jour-là – visiblement – d’autres chats à fouetter que de se préoccuper de sa fournée. Pensez-vous que Madame ma mère aurait pu s’assurer que les petites bêtes étaient sexy avant de les acheter ? Bonheur au carré. Je me rattrape en me tapant un pain au lait qui traîne sur la table de la cuisine et ne m’appartient pas. Je sais pourtant qu’il ne faut pas que je mange davantage que ce que j’ai prévu, afin de ne pas rendre mon tablier avant la fin des agapes – mon estomac étant rendu riquiqui par l’ascèse. Et me voilà qui le badigeonne allègrement de beurre de baratte ! Je m’aperçois avant même d’avoir fini que je n’ai plus faim. De rien. A cet instant, rien ne m’est plus désirable que mon lit.

Mon ventre est plein. De pâte levée, de cacao et de déception. Et je suis « gavée » de colère. Devant moi, ma mère, au milieu du salon – pourtant longuement briefée – ne « comprend pas » ce qui a pu causer mon déplorable état. Mais comment faut-il lui expliquer les choses ? Je me sens si seule que j’en pleure. Je sens mon rêve me glisser entre les doigts. L’échec qui se radine, encore et encore. J’ai l’impression de me fendiller de tous côtés et de commencer à prendre l’eau. Longue, harassante et douloureuse mise au point avec toute la maisonnée (« Les mecs, faites un effort, collez-vous un sourire de façade, juste aujourd’hui, et je descendrai les poubelles jusqu’à Noël ! »). Je reprends un quart d’Urbanyl. Sachant que je suis déjà sous triptans depuis quelques heures – migraine oblige – vous vous ferez une idée de ma vivacité de corps et d’esprit…

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A 20 heures, je dégote de derrière les fagots une vieille bouteille de pommeau qui me permettra de dîner. J’ai toujours pensé le plus grand bien du type qui a mis au point le trou normand, l’ami des petites panses ! Sonne l’heure de mon tête-à-tête avec la pizza au chèvre et au miel commandée. Elle est sans doute savoureuse, filante et confortable – mais je ne parviens pas à me reconnecter à moi-même et à mes sensations. Je suis si fatiguée… Je n’ai plus l’esprit à la boustifaille, à la mangeaille, au combustible. Il faudra pourtant quand-même goûter au cheesecake vanille un peu coco et carrément fraise qui attend dans le réfrigérateur depuis la veille. Mais sa décadence et sa probable onctuosité me laissent froide. V’là qu’en plus, il est foiré ! Alors… la corde ou le raticide ?

J’ai si peur du lendemain. Or « demain » vient de sonner… Il va falloir repartir pour 30 longues journées. Et je suis déjà à bout de souffle.

Vendredi 30 juin 2017 :

Agrippée à mon bol de bouillon de poireaux et à ma boîte d’Urbanyl, je ne sais pas encore dans quel état je vais finir la journée. Mon estomac dilaté crie famine et me réclame, ce salaud, autant qu’hier. Ou une montagne de coquillettes sauce crème. Par je ne sais quelle intervention angélique je parviens à me foutre dehors et à marcher 1 heure sous une pluie qui ne veut pas cesser. La nature est triste comme la mort ; l’été à peine entraperçu s’est déjà fait la malle. Cependant, je m’accroche et fais de mes 5 kilos de perdus une « obsession positive ». Je prends conscience qu’on ne guérit peut-être jamais totalement de l’addiction et qu’il va falloir que j’apprenne à « faire avec ». Qu’on remporte juste des victoires successives - heure après heure. Alors, je m’efforce de mettre un pas devant l’autre. De ne pas trop regarder derrière. Pas trop loin devant non plus.

Samedi 1er juillet 2017 :

La nature est toujours aussi pisse-vinaigre. Pour bien faire, j’ai la brillante idée de monter sur le pèse-personne, « pour voir ». On est maso où on ne l’est pas. Le chiffre de 64 kilos et des poussières s’affiche. Je prends un TGV dans la figure. Comme quoi on peut être tout en bas et creuser encore. Comment est-ce possible, sachant que 7000 calories de trop font 1 kilo de plus ? Mathématiquement impossible. Les trois-quarts de ce poids doivent « nécessairement » être de la rétention d’eau. Je m’accroche à cette idée, et parviens grâce à cela à marcher 1 heure, comme la veille. Cependant, je me sens encore tellement fragile… Et une heure, c’est si peu ! La culpabilité (en deuxième position sur la liste « Responsables de mes échecs » – avant la faim et après la frustration) commence à poindre.

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Dimanche 2 juillet 2017 :

L’instinct de survie ou l’amour-propre ? – me permet de marcher 2 heures. En rentrant – exsangue mais fière, et enfin vierge de toute colère – je sais que je suis « sauvée ». Ces deux heures m’ont redonné du souffle. Un souffle qui me permettra, peut-être, d’aller jusqu’au 29 juillet prochain – prochaine « journée off ». Question : la Reine-mère, j’en fais quoi ce jour-là ? La fusée « Soyouz » de Thomas Pesquet, elle est okay pour repartir… ?

Lundi 3 juillet 2017 :

Le temps est toujours aussi moche, mais j’en profite pour faire le plein de nouveautés chez Picard et à nouveau 2 heures de marche. Et c’est, peu à peu, une « colonne vertébrale » que je retrouve. Au retour, je me pèse. Sans aucune attente. 62 kilos pile. Me voilà à 700 grammes du poids qui était le mien au matin du 29 juin dernier. J’ai payé ma dette, et les intérêts ne sont pas énormes. A poil sur mon pèse-personne, j’esquisse un sourire. Le premier en six jours…

62 kilos ! Alléluia !

Jusqu’alors – depuis 2004 ou le début des emmerdes – le poids le plus bas que j’aie atteint se situait autour des 59 kilos. Un chiffre que j’étais parvenue à maintenir quelques jours seulement : un dîner de haut vol, chez des amis très hédonistes, m’avait fait perdre le Nord. C’était en 2006. Une ère, quoi. Ma maladie était – alors – au sommet de son art : réserve de pralinoise planquée sous le lit, montée de tension à la vue d’une pub Lindt ou d’une charlotte aux fraises, langue mordue lorsque je faisais ripaille, esprit parasité en permanence, lutte perpétuelle entre ma tête et mon estomac, tiraillée entre mes besoins gargantuesques et mes rêves de minceur. A ce niveau, impossible d’espérer devenir et rester mince. Ensuite, ce fût 62,5 kilos – en avril dernier. Un séjour-un-peu-gastronomique à Barcelone, un crush avec les « patatas bravas » et deux semaines de « grand n’importe » quoi plus tard (quand on rapporte dix kilos de turrón dans sa valise, ce n’est pas pour les regarder avec nostalgie !), je pesais quelques 67 kilos. 

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Je m’étais promis de laisser mon pèse-personne tranquille – et moi avec – jusqu’au 29 juin prochain. Mais cette « sensation de légèreté » qui m’habite depuis quelques jours a eu raison de ma patience. Le palpitant à 150 battements minute, je grimpe sur la bête. Et là, miracle : 62 kilos ! Pile. Jésus, Marie, Joseph… Plusieurs sentiments me traversent : fierté, joie, justice. Et incrédulité totale. Quelque-chose de lourd et massif, posé sur mon coeur depuis des lustres, semble doucement se décoller. Est-ce que la roue tournerait VRAIMENT ? 

Bref, de quoi réfléchir à deux fois si j’avais l’idée de m’enfiler l’intégralité du catalogue Kinder accompagnée d’un café crème…

A trois semaines et quelques miettes

M’interrogeant sur le titre à donner à ce nouvel article, j’entre sur Google : « Troisième semaine de régime » et je valide par « Entrée ». Le premier résultat provient du site « Au féminin », avec cet intitulé : « Troisième semaine de régime : 8 kilos de perdus ». Diantre [yeux qui roulent]. A ce rythme, mon régime serait plié en cinq petites semaines. Mais de quoi vit cette femme – et de quoi est-elle faite ?! J’apprends qu’elle ne lève pas le petit doigt et qu’elle s’est – de plus – délestée de ce poids en quinze jours… Ne vous attendez pas à de tels chiffres avec moi : je ne suis pas sainte Thérèse. Je ne ferai pas de miracles.

Heureuse

Je suis heureuse de vous annoncer que tout va bien. Que, jour après jour, je gagne en confiance et en estime de soi. Je me sens plus légère. A tous les niveaux. Je n’ai eu aucune pulsion alimentaire ; seule une petite « envie » pas bien méchante de-ci de-là, devant la vitrine alléchante du Café Pouchkine ou les photos en papier glacé du n°23 de « Fou de pâtisserie ». J’avance. Au propre comme au figuré. 

Tête froide et iPod aux oreilles, je chausse, chaque soir, mes chaussures de marche. Le bitume est à demi fondu par la canicule. Les cigales stridulent. La campagne flambe. Je passe devant des maisons aux volets clos. Il semble que les habitants aient déserté. Il fait 38 degrés à l’ombre. Plus chaud qu’à Tizi Ouzou. Moi qui tourne de l’œil au-dessus de 21 degrés ! Je luis. Je fonds. Je me liquéfie. Mes joues se teintent d’un joli coloris aubergine très seyant. Je cuis. Je bataille avec des moucherons, que je retrouve collés sur mon visage. J’en gobe – oh, joie ! – quelques-uns au passage. Mais on ne fait pas demi-tour une fois qu’on est sur la route et tout équipée. Alors, je songe à la douche fraîche qui m’attend. A la fierté procurée par le travail accompli. A la sérénité qui va infuser dès mon retour à la maison. A la récompense promise. Je fais le choix de tenir.

A cet instant, je me dis que la relation la plus profonde et la plus stimulante, c’est véritablement celle que vous avez avec vous-même. Et je repense à cet extrait du roman « Embrassez-moi » de Katherine Pancol : « C’est cela la vraie solitude : se retrouver seule et apprendre à s’estimer, avancer dans le vide sans autres encouragements, sans autres applaudissements que ceux que l’on s’accorde dans le silence effroyable du tête-à-tête de l’âme ».

J’ai donc – à ce jour – 31 heures de marche dans les pattes. 3600 levers d’haltères dans les biceps. Et 34 minutes d’eau glacée sur le corps. S’il avait fait 10 degrés de moins, j’aurais pu annoncer 46 heures de marche au compteur. Mais qui veut voyager loin ménage sa monture. 

Wildd

Je ne vous cache pas – je ne vous cache rien – que le doute m’a parfois assaillie, la semaine passée. Et si j’allais vers un échec de plus ? Et si ces efforts étaient vains ? Et si, ce soir – entre un film et mon oreiller – je craquais ? Et si je décevais – ainsi – les dizaines de personnes qui passent par ici chaque jour ? Je me souviens des paroles de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) au sujet de la peur. La peur qui paralyse. La peur, souvent imaginaire. La peur, comme une entrave à la vie. « La vraie liberté consiste à faire ce que nous redoutons le plus ; allez de l’avant pour trouver la vie ! » écrivait-elle. « Avancer », donc…

Ce que je peux affirmer, c’est que votre discrète présence a contribué à très vite me faire reprendre pied. Sans douleur. D’ordinaire, il me suffit de chanceler un peu pour tomber de mon fil, et me retrouver en moins de temps qu’il ne faut pour le dire devant une assiette dodue de pancakes noyés de sirop d’érable. Alors, cette résistance insolite m’émeut. « Résistance », c’est le mot. Je me sens forte. Entrée en guerre. Armaturée.

Mais jusqu’à quand ? Car d’ici une semaine – le 29 juin prochain, soit à J + 30 – je compte faire une pause. Une journée de lâcher-prise nécessaire à ma santé mentale. Durant laquelle la stratégie n’est pas absente. Car le corps, au bout d’un mois de régime, commence à considérer que la « norme », c’est la privation. Il se met à réduire son métabolisme basal. En « cassant le rythme », je lui donne tort, le fais douter. Je m’offrirai donc un vrai repas – durant lequel je ne compterai pas les calories, pas les grammes. Durant lequel je n’aurai aucun interdit et ne me distribuerai aucun mauvais point. Durant lequel je ne choisirai pas entre fromage et dessert. Entre sucré et salé.

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Mais si c’était si simple… S’il me suffisait de ces quelques instants de répit pour repartir gonflée à bloc ! Pour pouvoir enchaîner sur un nouveau mois de régime ! Pour être rassasiée de goûts, de couleurs, de parfums ! De plaisir et de contentement. Je n’ai jamais su me passer de cette pause – qui fût presque toujours attendue comme le Messie. Que j’ai parfois préparée comme un Noël. Mais je n’ai – jusqu’alors – jamais su la gérer non plus.

Je l’ai dit : perdre du poids, je sais faire. Ce que je ne sais pas faire, c’est trouver un équilibre. C’est me faire plaisir sans me rendre malade. C’est choisir entre pâtes, paëlla et risotto. Entre tatin, pavlova et sponge-cake. Choisir, c’est renoncer – et ce renoncement me déchire. Alors je peux enchaîner deux desserts et trois sucreries – « histoire de balayer, une fois pour toutes, cette envie de fondant au chocolat qui me travaille depuis dix jours ! ». Ce que je ne sais pas faire, c’est m’accorder une pause le lundi sans remettre ça le mardi. Et le mercredi. Voire la semaine entière. Parce que je l’attends tellement, cette pause, que lorsque l’heure sonne, je suis dans un tel état physique et psychique que je suis incapable d’être « dans l’instant présent ». Que je ne sens plus rien – ni la nourriture qui entre dans ma bouche, ni mon ventre qui se remplit, ni la subtilité d’un fromage affiné ou d’un grand cru. Comme si j’avais déserté mon corps. Une expérience quasi-mystique. S’ensuit – évidemment – une abyssale frustration. Alors je me ressers. Encore. Et encore. Des parts XXL. Mais le miracle n’a pas lieu : je ne sens pas davantage le parfum des mets longuement concoctés. Et je quitte la table triste, vaseuse et en mode « sergent Garcia ».

Lorsque je réintègre mon corps – le lendemain – le train est passé. Et je suis déconfite. « L’abyssale frustration » est toujours là. Plus puissante encore. Indélébile. Obsessionnelle. Que mon corps soit plein, repu, douloureux parfois, que j’aie un simili mal de mer n’y change rien. S’il reste du cheesecake et une part de risotto dans le réfrigérateur, je vous conseille de parier gros qu’ils n’y séjourneront pas longtemps… Et qu’à eux s’ajouteront quelques spaghettis et tout ce que le placard compte de cochonneries. [Autant dire qu'à ce stade, j'ai foutu en l'air mon régime. Que je me voue une haine féroce. Et que je risque d'enchaîner les crises - me faisant prendre du poids, ce qui ne fera qu'enfoncer le clou.]

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A la déception immense de mes « lendemains de fête » s’ajoute un problème physiologique : mon estomac, rétréci par des semaines de régime, se trouve soudainement dilaté par ce festin. Il me réclame donc autant de nourriture que la veille. C’est une faim vorace. Délirante. Violente. C’est – physiquement – douloureux. Et difficile psychiquement – car je suis à nouveau en mode « régime » et je dois repartir pour un mois. Je suis donc extrêmement fragile à ce moment précis.

J’ai toutefois observé – très récemment – que des bols de bouillon de poireau maison (2 poireaux entiers lavés et coupés grossièrement + 1 litre d’eau + sel), consommés au fil de la journée, me calaient – et me permettaient, en conséquence, d’atténuer la douleur. De ne pas, par ailleurs, systématiquement me soulager en vidant le réfrigérateur. Last but not least, le poireau détoxifie l’organisme et, bien salé, il atténue la nausée causée par les abus de la veille. Notamment celles liées au sucre.

Vous comprendrez donc que si j’attends le 29 juin, il me fiche aussi une peur bleue. Je ne veux pas perdre les acquis de ce mois de juin. Pas dégringoler. Pas plonger à nouveau dans le désespoir. Et la honte. Même si la « rechute » fait partie du processus de guérison. Pas « tout cela » pour… de la bouffe. 

Le choc des photos…

Violence de la confrontation à son image. L’écart entre « moi » et « moi » - entre « l’image de soi » (plus ou moins fantasmée, et si résistante aux changements) et la réalité crue de l’appareil photo – est immense. Sensation que cette chair qui déborde ne fait pas partie de « moi » ; qu’il s’agit d’excroissances. Qu’une glace déformante ou un « miroir de sorcière » (miroir convexe flamand) sont dans le coup. Mon corps est-il un étranger ? Prendre ces clichés, puis les publier, m’a fragilisée – faisant émerger deux pensées contraires. Celle qu’il fallait urgemment faire « quelque-chose » pour ne plus ressembler à « çà ». Et la tentation d’aller m’oublier dans une montagne de cassonade et de moelleuse crème fouettée… ou quand votre « solution » est aussi votre « problème » ! Quant à l’ampleur du chantier, je préfère la passer sous silence et garder la tête dans le guidon. Je ne m’étendrai pas davantage, ce soir, sur la honte qui m’étreint. Sur le malaise que je ressens à l’idée de vous faire accéder à ce que, d’ordinaire, je cache avec force : à ma peau nue et à mes contours sans fards. A une époque où la retouche est reine et le quotidien des uns et des autres, éhontément embelli.

Nouveaux polaroids dans un mois, pour faire le point « par l’image ». 

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   4 juin 2017 jour n°5 (6)      4 juin 2017 jour n°5 (12)

Je ne peux m’empêcher – en regardant ces polaroids, mes jambons en « X » et mes bras qui « vaguelettent » – de penser à la toile de Lucian Freud, j’ai nommée « Benefits supervisor sleeping ». J’imagine que Sue Tilley – conseillère d’un centre d’emploi de 127 kilos qui servit de modèle au peintre – a dû me ressembler avant de devenir « Big Sue »…

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Croissants et chaussures de rando

Il est tard et je suis exsangue ; néanmoins je voulais laisser une trace de cette première journée. « C’est le premier pas qui coûte », dit-on. La suite… suit. Rien n’est plus vrai. Je sais aussi, par expérience, qu’il est bon de se lancer en ne pensant à rien – et surtout pas au fait qu’on va devoir faire une croix sur les repas pantagruéliques de jadis, suer au sport et en baver. Je pars me coucher heureuse d’avoir atteint les objectifs que je m’étais fixés pour aujourd’hui :

  • Ne pas penser sur le long terme – mais penser « step by step »
  • 1 h 30 de marche modérée
  • 10 minutes d’haltères
  • 3 minutes d’eau fraîche à glacée sous la douche
  • 1000 calories maximum

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Je souhaitais également évoquer, rapidement, la méthode qui va être la mienne durant ces prochains mois. Qu’il s’agisse de mon alimentation ou de mes activités sportives.

Perdre du poids, je sais faire ; ce n’est pas là que ça coince (j’aborderai le problème ultérieurement). Parce que, comme celles et ceux ayant souffert de troubles du comportement alimentaire, je connais le corps humain et ses mystères mieux que n’importe quel médecin nutritionniste. Autant j’ai tout oublié des tables de multiplication, autant je sais tout des apports caloriques de la carotte ou du quinoa… La règle est simple : davantage de dépenses que d’entrées. Il suffit de définir précisément le mot « entrées ». Pour moi, ce sera 1000 calories. C’est bas – j’en suis pleinement consciente. Mais je n’ai pas le choix, des années de régimes et de restriction alimentaire de type anorexie (consciente et volontaire, elle avait pour but de limiter les dégâts côté « prise de poids ») ayant ralenti mon métabolisme. Si j’outrepasse cette limite, je grossis. Quand on a vécu des mois en alternant des journées à 250 calories (un yaourt au réveil, un steak de soja à midi et deux cuillères à soupe de flocons d’avoine dans un fond de lait écrémé avant de se mettre au lit) et d’autres à 5000 (la boulangerie entière – la boulimie coûte un bras !), c’est fatalement ce qui advient.

Pour celles et ceux qui s’intéressent à la question du métabolisme et qui ne savent plus à quel saint se vouer, je ne saurais que vous conseiller le très salvateur ouvrage du docteur Jean-Philippe Zermati « Maigrir sans régime ». Parce que celui-ci est nutritionniste, médecin du sport et thérapeute comportementaliste, son approche du surpoids est à mon sens la seule vraiment pertinente parmi le flot d’ouvrages à notre disposition. La lecture de cet ouvrage, il y a quelques années, m’avait fait un bien incroyable, et m’avait permis non seulement de perdre du poids, de ne plus connaître la frustration – mais aussi de comprendre que ce que j’appellerais le « régime salade verte » est une aberration vouée à l’échec.

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J’applique encore aujourd’hui les préceptes du docteur Zermati. C’est-à-dire que si j’ai une folle envie de croissant à 20 heures, je dîne de deux croissants. Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y succomber – pour reprendre les mots d’Oscar Wilde ! Le système a fait ses preuves : vous n’aurez (à priori !) plus envie de croissants durant quelques temps… C’est pourquoi vous ne rencontrerez pas ici d’aliments toujours très orthodoxes. Vous ne m’entendrez pas parler de produits allégés (insipides et pas si light), de haricots verts vapeur ou de poudres de perlimpinpin. Mais plutôt de plateau de fromage ou de soirées avec Ben et Jerry. Je fonctionne au bon sens, à l’envie et je fuis toute frustration. Je ne m’interdis aucun aliment – toujours, évidemment, dans la limite de mes 1000 calories journalières. Et je vous assure que les résultats sont probants. J’aurai bien le temps de manger sain et équilibré lorsque j’aurai perdu mes 14 kilos ! Je crois qu’on ne peut pas se priver à tous les niveaux en même temps ; en tous cas, moi, je ne sais pas faire. Je rogne sur les quantités et ne mange plus de viande depuis octobre 2013 : c’est déjà bien assez.

Si mon petit-déjeuner (100 grammes de fromage blanc bio + 10 grammes de cassonade et quelques fraises ou morceaux d’abricots frais), ainsi que mon déjeuner (jamais plus de 300 calories – comme une salade de tomates avec du thon et une vinaigrette au vinaigre balsamique), sont assez frugaux, je me prépare toujours un dîner « de fête ». Parce que mon appétit n’est jamais aussi grand qu’en soirée. Et qu’il faut avant tout s’écouter. S’il est une autre chose que j’ai retenue de l’ouvrage « Maigrir sans régime », c’est que le fameux « petit-déjeuner de roi, déjeuner de prince et dîner de pauvre » qu’on nous encourage à faire sont des non-sens si l’on n’a pas faim au réveil et que l’on meurt de faim vers 20 heures. Conséquemment, mes dîners sont faits d’une belle assiette de frites au four (500 grammes de bâtonnets de pommes de terres badigeonnés d’une cuillère à soupe d’huile de colza – selon la méthode de Gwyneth Paltrow), d’une trois fromages, de houmous, d’un bagel au saumon (merci Picard), d’une énorme coupe de fraises à la chantilly, de cochonneries pour les moins de 7 ans (Ah, « Pik & Croq » de La vache qui rit !)… Voire d’une tablette de 100 g de Galak pour ne pas se laisser abattre les « jours sans ». Vous avez bien lu !

Excitée par un sandwich

Je suis en revanche d’une discipline extrême sur le grignotage – que je ne pratique pas (une amande par ci, un morceau de pain par là, et c’est une facture de 300 calories de plus à la fin de la journée), mes apports caloriques et mes séances de sport quotidiennes.

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, le sport est indispensable pour trois raisons majeures. La première est que l’activité sportive libère des endorphines – « opiacé naturel sécrété par le cerveau, dont la fonction est de soulager le stress et accroître le plaisir », dixit WikiHow. En ce qui me concerne, je suis d’une nature si anxieuse que je ne me sens pas bien si je n’ai pas ma dose de sport ; je pars en sucette au moindre pépin. Le sport m’empêche donc de me suicider au Nutella… Je rentre dégueulasse, vidée, en nage et rouge comme un brugnon – mais fière de moi et plus forte. La deuxième raison – et la troisième au passage – c’est que le sport augmente la masse musculaire, et donc le métabolisme de base. Les muscles sont en effet de gros consommateurs d’énergie. Donc, plus on est musclé(e), plus on brûle d’énergie et plus notre métabolisme augmente. Vous comprendrez donc sans mal pourquoi, avec mon métabolisme basal ralenti, je ne peux faire l’impasse sur le sport pour mincir : le régime seul ne suffit pas à me faire perdre du poids. Bref, no pain, no gainEt puis, vous avouerez qu’une silhouette sportive est infiniment plus esthétique et gratifiante qu’un corps mince et mou…

Je marche donc à allure modérée entre 1 h 30 et 2 h par jour, tous les jours. J’ai commencé le sport de façon intensive en 2004, lorsque j’étais boulimique jusqu’à l’os – obligée que j’étais de « rééquilibrer la balance » par l’activité sportive si je ne voulais pas devenir obèse. Je fais une pause de temps à autre – lorsqu’il pleut des cordes par exemple, bien qu’en général, les trombes d’eau ne m’arrêtent pas ! Cette pause, qu’on nomme « repos actif » sert à casser le rythme – ainsi le corps ne s’habitue pas et continue de brûler les calories. Il est par ailleurs utile de préciser que le lendemain d’une activité sportive, le corps continue à brûler modérément. A la marche, j’ajoute des exercices avec des haltères légers (100 mouvements pour chaque exercice avec des poids d’1,5 kilo) – de façon quotidienne également. Les résultats sont rapides et les bras s’affinent plus rapidement que sans. Je me base sur les deux exercices proposés par Julie Ferrez :

Image de prévisualisation YouTube

Je termine ma journée de sport par une douche chaude suivie de trois minutes d’eau fraîche à glacée. Je vous avoue que je cours en faisant du sur-place pour supporter la torture, mais je ne me sens jamais mieux qu’après… La douche froide a des avantages insoupçonnés (voir les travaux du neurochirurgien Jack Ruse) : peau raffermie, renforcement du système immunitaire (augmentation du nombre de globules blancs), sensation de bien-être (production de noradrénaline), lutte contre les courbatures, récupération post-effort plus rapide, action antioxydante (production de glutathion), augmentation de la dépense énergétique. Une crème hydratante des orteils à la naissance du cou, et j’ai rempli ma mission !

Présentement, je ne veux pas entendre parler de pèse-personne et de miroir : chaque chose en son temps. Et de la bienveillance en premier lieu… 

Calendrier (31 mai-17 octobre)

Départ : 66 kilos – 31% de masse grasse – 50,3% de masse hydrique – 22,3% de masse musculaire – 6,2% de masse osseuse

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Mois n°1 : 31 mai-29 juin 2017
Objectifs :
Reprendre confiance
Débuter la « phase d’amaigrissement »
3 kilos de moins (soit 63 kilos)

Mois n°2 : 30 juin-29 juillet 2017
Objectifs :
Retrouver mon « poids de forme » soit 60 kilos
3 kilos de moins (soit 60 kilos)

Mois n°3 : 30 juillet-28 août 2017
Objectifs :
Entrer dans la « phase d’amincissement »
Commencer à me plaire
Retrouver mon poids du temps de « Monsieur »
Ôter les stigmates de la maladie
3 kilos de moins (soit 56 kilos)

Mois n°4 : 29 août-27 septembre 2017
Objectifs :
Me trouver belle
3 kilos de moins (soit 53 kilos)

2 dernières semaines : 28 septembre-17 octobre 2017
Objectifs :
Etre telle que je me suis rêvée
1 kilo de moins (soit 52 kilos)
(Re)prendre le cours de ma vie

Etat des lieux et objectifs

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Je me prénomme Victoire. Et je ne sais absolument pas par où commencer. Par des chiffres, peut-être ? J’ai trente-quatre ans. Et – paradoxe avec pareil prénom – aucune vraie réussite au compteur. Paraît qu’on nomme les gens de mon espèce les « late bloomers » – j’ignore si ça doit consoler, cette appellation… Je mesure 1,64 m, pèse actuellement 66 kilos – soit un IMC de 24 (le stade du « surpoids » commençant à 25). J’ai quatorze années de troubles du comportement alimentaire derrière moi. Autant de kilos en trop. Mille tentatives pour me retrouver. Mille et un échecs. Cinq cent kilos de perdus. Tout autant de repris. Quelques diplômes – dont je n’ai encore rien fait. Une somme de souffrance pas possible à l’âme et au corps. Des années de rencontres, de paysages, de coups de coeur et de vie à rattraper. Les autres sont « devenues ». Mères. Épouses. Femmes. Et moi je suis « restée ». J’étais pourtant, je crois, pleine de promesses. Assise au bord de la route, je n’en ai plus bougé. Paralysée par le poids, la honte, le sentiment d’injustice, le découragement, la colère, l’incompréhension. Pas vraiment « grosse ». Mais à vingt ans, j’aurais séduit une chaise. L’année suivante, on ne me voyait plus. 

Aujourd’hui, j’ai le désir de tout mettre à plat, ici. Dans une absolue transparence ; la maladie m’a jadis tant contrainte au mensonge ! Parce que s’il est une chose que je n’ai jamais tentée pour me sortir de là, c’est celle-ci : vous écrire. Y prendre appui. Y trouver la force qui me fait tant défaut, lorsqu’après des jours à batailler, je perds confiance et tombe de mon fil, en fragile équilibriste… Vous avoir, un peu, auprès de moi. On ne réussit qu’en faisant ; on ne fait qu’en essayant. « Le malheur est le père du bonheur de demain » écrivait Albert Cohen : voyons s’il avait raison.

Par avance, pardon. Pour la maladresse. L’impudeur. Le foutoir.

J’ai commencé à perdre mes contours entre le moment de ma rencontre avec l’homme qui devait devenir mon époux, et celui où il s’est fait la belle sans explications, quelques mois plus tard. Dès octobre 2003, en effet, j’étais à deux doigts de l’anorexie - l’amour m’ayant ôté tout besoin de me nourrir : j’étais si « pleine » que j’avais toutes les peines du monde à ingérer si ce n’est qu’un yaourt. Mes bras étaient devenus d’une minceur inquiétante. Je n’ai pourtant jamais été aussi heureuse. A la mi-mars 2004, je recevais le dernier coup de téléphone de Monsieur. « Si je te rappelle, nous nous fiançons dans deux semaines, sinon… » m’avait-il dit. Sinon quoi ? Il ne me rappellera jamais. Je l’apprendrais bien plus tard, il m’avait quittée pour épouser la très déterminée harpie qui l’avait largué comme un malpropre à l’été 2003, et était revenue dans mon dos – n’ayant que faire de ma présence dans la vie de Monsieur. Monsieur était un faible qui avait besoin d’une épouse qui lui dise que faire et que penser. C’était si loin de moi – et tellement elle ! Parents de deux adorables petites filles, ils sont aujourd’hui divorcés et se vouent une haine féroce. Monsieur ne ressemble plus à grand-chose et semble d’une tristesse abyssale. Tout çà pour çà. De mon côté, j’ai dû faire le deuil des enfants que nous n’avons pas eu (connaissez-vous la chanson de Barbara, « Cet enfant-là » ?). Et, surtout, comprendre qu’il ne reviendrait pas – ce qui m’a pris des années. Parce que nous n’avions même pas eu le temps de rompre. Je ne crois pas que l’on se remette jamais de son premier amour. Ce dont je suis certaine, c’est que subsiste en moi encore un peu de cet amour que je lui portais. L’amour véritable ne meurt jamais tout à fait. Tandis que cette fille – qui partage ses nuits avec un autre et semble si épanouie – n’en a plus une once pour lui. Ainsi va la vie… 

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Le mois suivant notre séparation, en avril 2004, j’étais devenue gourmande comme un vieux chat, j’avais pris 14 kilos – passant de 56 à 70 kilos – et perdu tout amour-propre. Sans être vraiment capable de mettre des mots sur ce qu’il m’arrivait. Quelque-chose ne tournait pas rond, c’était indéniable : j’aurais tué pour un paquet de biscuits et je tremblais à la seule idée d’un Saint-Honoré – mais on ne parlait nulle part de boulimie et internet en était à ses balbutiements. Cependant, à quoi bon s’inquiéter vraiment, puisque le pire était advenu : Monsieur n’était plus là. J’entrais « en deuil », comme on entre en religion : avec toute mon âme.

Les quelques hommes qui sont entrés dans ma vie, après Monsieur, n’ont rien fait « rentrer dans l’ordre ». Au contraire. Car si une relation amoureuse peut vous donner des ailes, elle peut aussi s’avérer extrêmement stressante. Surtout quand on n’est pas une « demi-sel ». Pas une tiède. Que l’on donne tout à l’autre. Qui attend tellement de vous. Et ne voit rien de votre « problème » – quand bien même il est médecin. Et qui dit « angoisse » dit besoin de se remplir de rassurant chocolat. La rupture enfonce encore davantage le clou : outre la désillusion que cela représente, outre la réactivation d’un traumatisme passé (la désertion de Monsieur), désormais, vous pouvez manger à votre guise ! Puisque personne ne vous verra plus nue pendant un temps indéterminé. Cette seule idée vous réjouit. Je me souviens d’un retour de voyage en Allemagne, durant lequel je m’étais séparée d’un amant au coeur de pierre. J’ai commencé à dévorer dans l’avion – commandant à peu près tout ce qui était proposé par l’hôtesse de l’air. Les pieds sur le tarmac, j’ai filé au kiosque Paul, et j’ai engouffré si passionnément une tartelette au citron que je m’en suis mordu la joue. Ma valise à peine déposée chez moi, j’ai englouti une barre de 400 grammes de Toblerone au chocolat blanc. J’ai enchaîné avec tout ce qui était consommable et que j’avais rapporté du pays paternel. En une semaine, je n’entrais plus dans mes vêtements. Vous comprendrez que, lorsqu’unetelle me raconte qu’elle est « boulimique » parce qu’il lui arrive, après une grosse journée de travail, de finir la tablette de chocolat, j’aie des envies de meurtre… Les mots ont un sens, merde.

Se laisser glisser… C’est agréable, parfois, de perdre tout contrôle. Sauf que je n’ai plus su faire que cela. Le sucre et le gras étaient devenus ma consolation, mes pourvoyeurs d’amour. J’avais besoin de ma dose. Je filais chez Monoprix. Même en trench avec une simple culotte en dessous. Je planquais ma montagne de cochonneries sous trois salades vertes. Et je rentrais vite me soulager, tous rideaux tirés. Parfois jusqu’à sentir les derniers morceaux ingurgités stationnés à la hauteur de mes amygdales, tant mon ventre était plein. Et le « plein », c’était le but. « Boulimie » est à l’origine un mot grec signifiant « faim de bœuf » – ce n’est pas une image. La pression retombée, je filais sous la douche et pensais : « Plus jamais çà ! ». C’est facile, lorsque le ventre est repu et l’âme, apaisée…

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Mais le lendemain, ça me claquait à nouveau dans la tête. Ça me tsunamisait. J’ai encore bien du mal à traduire les émotions qui me passaient alors par le coeur – tout ce que je peux dire est que je savais que seule la nourriture allait transformer les minutes à venir, insurmontables, en moment doux. C’était immédiat et jouissif. Facile. Chimique : un peu de sucre sur la langue et ma tension passait de 20 à 12, mon palpitant se desserrait, ma cage thoracique s’ouvrait, je ne tremblais plus. J’étais bien. Le lendemain, je récupérais donc les restes de la veille dans la poubelle (!) et les avalais si avidement qu’il m’arrivait de me mordre la joue. Mais la dose ingérée n’était pas suffisante pour me combler, me soulager : le ventre devait être plein, et le plaisir, satisfait. Alors, pour ne pas me foutre sous une rame de métro tant la pression se faisait forte, tremblante, transpirante, honteuse, je repassais à la caisse. Quitte à me contenter de flocons d’avoine tout le reste de la semaine, parce que mon budget alimentaire d’étudiante était largement dépensé.

Alors, évidemment, pendant ce temps-là, vos études passent à la trappe : on ne peut être au four et au moulin. Car bouffer, c’est un temps-plein ; ça ne vous laisse guère de répit. Pas de RTT. Pas de week-ends. Il faut lutter – si fort – contre ses pulsions. Se fournir, cuisiner, nettoyer, digérer, dormir, culpabiliser, camoufler, recommencer. Vous vous regardez chuter, impuissante. Car tout cela vous dépasse : vous n’êtes plus maîtresse de rien. Vous séchez les cours. On vous croit en goguette. Vous n’êtes plus en mesure de savoir si vous pourrez honorer vos rendez-vous le lendemain. On vous qualifie de personne « peu fiable ». Vous vous privez au restaurant pour mieux vous rattraper dans la solitude de votre appartement. On pense que vous faites des manières. Vous fuyez les vitrines des magasins qui vous renvoient ce reflet, qui n’est pas « vous ». Vous vous désengagez de cette relation naissante, parce que vous savez très bien que gérer Pierre, Paul ou Jacques et la boulimie sera ingérable. Vous ne rentrez pas dans cette robe que vous aviez emportée pour l’opéra ; vous trouverez un sac à patates à 400 euros parce qu’il faut bien se vêtir de quelque-chose. Vous prétextez n’importe quel pépin de santé pour justifier de ne pas travailler encore. On vous pense complètement inadaptée. Fainéante.

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Vous encaissez : pourvu qu’on ne sache pas. L’honneur est sauf, mais vous vous sentez misérable. Une immense colère, un puissant sentiment d’injustice vous traversent la tête vingt fois par jour. Et puis, il y a le quotidien à gérer. Votre père à enterrer, le cancer de votre mère, vos migraines quotidiennes – vous ne vivez que le pire, le meilleur vous étant refusé. Et ce monde, qui tourne sans vous : « En une fraction de seconde, elle songe aux mondes dont elle est exclue, à ce qui se trame en dehors d’elle, aux cœurs qui palpitent quand le sien a dangereusement ralenti sa course, à la vie qui continue tandis qu’elle s’est assise au bord de la route, aux êtres qui se cherchent et se trouvent, alors qu’elle est amputée du seul qui a compté dans son existence. Et cela lui fait mal. » (Les passants de Lisbonne – Philippe Besson).

Alors, en avril 2013, vous quittez votre chez-vous. Vous rentrez chez votre mère – qui, seule, sait « tout ». L’air de la campagne vous fera du bien ; vous pourrez y pratiquer votre séance de sport quotidienne – absolument nécessaire pour ne pas tomber dans l’obésité (car vous ne vous faites pas vomir : vous gardez tout). L’absence de regards méprisants – ou pas : on s’en fait des idées ! – aidera. Et c’est le début de la fin. Quatre ans plus tard, vous y êtes toujours. Vous avez gagné quelques kilos. Vous n’avez plus de secourable Monoprix. Mais plus d’amis non plus.

Ces deux dernières années, cette salope de boulimie a peu à peu déserté. Entre autres parce que j’ai compris qu’une envie de sucre, c’est comme une grande vague : elle peut monter très haut, mais elle va aussi redescendre. L’heure de la délivrance, je l’avais tant espérée ! Même si je n’ai jamais été dupe : cette maladie a sa raison d’être, elle est la soupape qui vous permet de ne jamais sombrer tout à fait, irrémédiablement. Cette liberté, je l’avais rêvée sans penser que j’aurais – après elle – à batailler avec les stigmates de la maladie : le palpitant ne bat plus la chamade pour une tarte à la framboise surmontée de chantilly, mais l’urgence de perdre les kilos entassés contraint à la restriction alimentaire. Qui, elle-même entraîne la baisse de votre métabolisme et mène droit au craquage – « monstre » parfois. Donc à la prise de poids. Depuis, je serais bien incapable de vous dire à « quoi » je ressemble, tant ma silhouette peut varier d’une semaine à l’autre, tant les kilos se perdent et se gagnent à une folle allure. Bref, je suis floue

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Aujourd’hui, je sais que le vrai tragique, ce n’est pas d’avoir perdu Monsieur. Ce n’était qu’un brouillon d’amour. Mais j’avais 21 ans. Voilà tout. Le vrai tragique, c’est de m’être perdue, moi. De ne pas avoir réussi à devenir celle que je suis, derrière ce vêtement capitonné aussi salvateur qu’abhorré que j’ai revêtu il y a 14 ans. Il y a urgence ; je dois me faire une vie. L’échec total existe-t-il ? Oui, si l’on décide de capituler. Ce à quoi je ne me suis jamais résolue. Alors… hauts les cœurs !

N’hésitez pas à m’écrire vos impressions. A me confier vos expériences. J’en serais heureuse.

A très vite !

Victoire




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